RAPPORT PARALLÈLE Du 3ème rapport périodique du gouvernement Marocain

Relatif au Pacte internationale sur les Droits économiques, sociaux et Culturels (Mai 2006)


Association Marocaine des Droits Humains - AMDH

RAPPORT PARALLELE

Du 3ème rapport périodique du gouvernement Marocain

Relatif au Pacte internationale sur
les Droits économiques, sociaux et Culturels

Mai 2006-05-05

Introduction :

Ce document n’est qu’un résumé du rapport parallèle du troisième rapport périodique du gouvernement marocain relatif au Pacte Internationale sur les DESC.

Sa réalisation a été basée sur une approche participative, qui a fait appel au différents acteurs et actrices du différents domaines, et ce à travers des tables rondes thématiques, auxquelles des spécialistes ont pris place à côté d’autres acteurs et chercheurs dans un seul objectif discuter le rapport du gouvernement marocain.

Ainsi, ce résultat est le fruit d’un travail collectif dont lequel des avocats, des médecins, des professeurs et bien d’autres ont voulu volontiers s’associer.

Généralités:

Les indicateurs économiques et sociaux soulignent que le Maroc traverse une situation économique difficile ayant des répercussions sur tous les aspects de la vie des citoyens, notamment sur le plan social. En effet, la faiblesse de la production agricole et industrielle, le recul des exportations et l’augmentation du déficit de la balance commerciale constituent des éléments ayant un impact décisif sur l’économie du pays  alors qu’il se doit de faire face à des défis qui compliquent davantage la situation. Le chômage, la pauvreté, l’analphabétisme, et la vulnérabilité des services de santé, viennent en tête de ces défis.

La Banque Mondiale considère que les défis majeurs que le Maroc affronte sont le faible taux de croissance économique, la faiblesse des indications sociaux, l’augmentation du chômage, la dilapidation des ressources naturelles, notamment l’eau.
Les indicateurs sociaux ne sont pas des meilleurs. Dans ce cadre le rapport mondial du PNUD sur le développement humain de 2005 indique que le Maroc est classé à la 124ème position sur un total de 177 pays, et occupe l’avant dernière place parmi les cinq pays du Maghreb.

Le déficit de la balance commerciale:
Les dernières données, publiées par l’Office des Changes, établissement gouvernemental, indiquent que la balance commerciale a enregistré un déficit de 4,9 MM de dollars $ au cours du premier semestre de 2005, avec une augmentation de 27,8 % par rapport à la même période de l’année 2004: en conséquence le taux de couverture des importations par les exportations a atteint 48,8 % en juin dernier.

Le même rapport affirme que les exportations du pays ont reculé de 5,5 %, avec une  valeur de 4,6 MM de dollars $ pendant le premier semestre de 2005. Au cours de cette même période, les exportations du secteur du textile ont enregistré la majeure partie du recul de l’ensemble des exportations marocaines, soit 82,7 %, sachant, par ailleurs, que ce secteur emploie une bonne partie de la main d’œuvre féminine.

Pendant le premier semestre  de 2005, les importations ont augmenté de 9,1 % pour une valeur de 9,5 MM de dollars $. A cet égard, les produits pétroliers ont représenté 66,4 % de l’ensemble des importations.

Le secteur agricole:
Les changements climatiques que le Maroc a connus au cours des années 2004 et 2005 ont eu un impact négatif sur ce secteur. En effet, ils ont sérieusement endommagé la production agricole, et en conséquence la campagne marocaine a perdu plus de 50 000 emplois entre juin 2004 et juin 2005. Cependant, le gouvernement n’a présenté ni programme, ni solutions pour faire face aux répercussions négatives de ces changements sur la population et ses conditions de vie, et ce d’autant plus que l’agriculture compte parmi les secteurs les plus importants de l’économie marocaine et représente environ 15 % du PIB. Et même si l’agriculture ne représente plus qu’une part infime du PIB (15,3 % en 2004), son poids n’en pèse pas moins sur l’économie, comme le montrent diverses études.

L’alimentation accapare 43 % du revenu des ménages au Maroc et près de 40 % de la main d’œuvre travaille dans le secteur de l’alimentation, alors que les industries alimentaires représentent environ 36 % du PIB industriel. Pendant les années de sécheresse, comme c’est le cas cette année, le Maroc risque de perdre deux points de son taux de croissance qui ne dépasserait pas les 3 % d’après les prévisions.

Les dettes:
Selon des sources officielles, les dettes du Maroc ont atteint 75 % du PIB. Le volume de la dette extérieure globale est estimé à 14 MM de dollars $ fin 2004. Et bien que ce dernier a enregistré un certain recul et tend vers la baisse, la dette intérieure quant à elle a tendance à s’accroître, se chiffrant à environ 26 MM de DH en 2003.

Outre le fait qu’il soit lié à la mauvaise gestion et à l’absence de transparence, le problème de l’endettement dépend très fortement des modalités de son utilisation par rapport à son affectation initiale, sachant que de gros prêts sont investis dans des projets qui n’ont aucune rentabilité et qui, bien au contraire, exigent des frais supplémentaires pour la maintenance et l’équipement.

Article 1er : Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
Le peuple marocain n'a pas eu l'occasion de décider de son propre sort, politique, économique, social et culturel, du fait de la persistance d'une Constitution en contradiction avec le système des droits humains. Une Constitution qui ne préconise pas de séparation des pouvoirs, n'assure aucune indépendance de la justice, ne reconnaît  aucun moyen de contrôle des gouvernants par les gouvernés. Les consultations électorales, entachées de nombreux et divers agissements illégaux, dont le recours à l'argent pour convaincre les électeurs, et rendues peu crédibles par un bien faible taux de participation,  ont également démontré le fait qu'elles ne sont nullement conçues au Maroc comme moyen d'expression libre de la volonté des citoyennes et citoyens.
L'économie nationale étant quasi saignée à blanc par les malversations, la corruption et la gabegie ; par le trafic d'influence, la dilapidation des biens et fonds publics et l'impunité assurée à tout cela ; il est impossible de définir une politique de développement susceptible de freiner le processus de dégradation croissante de l'état des droits économiques, sociaux et culturels et d'instaurer un Etat qui abolit l'impunité, tant pour les crimes économiques que politiques.
Article 3 : Egalité entre personnes des deux sexes en matière de jouissance des droits économiques, sociaux et culturels
En dépit de l'avancée partielle et limitée que représentent les derniers amendements apportés au Code de la Famille, la reconnaissance de l'égalité entre personnes des deux sexes, donc pour les femmes,  n'est toujours pas admise à titre de droit humain, tel que stipulé par l'article 3 du Pacte, notamment.
Les amendements du Code en question et ses procédures annexes ne répondent toujours pas à :
- La nécessité de consolider le statut juridique de la femme et de lui assurer des possibilités égales de promotion et d'accès aux hautes fonctions et centres de prise de décisions ;
- La garantie pour la femme du respect de ses droits économiques, sociaux et politiques sur un pied d'égalité avec les hommes et le droit de participer au développement et d'en profiter ;
- L'adoption des mesures nécessaires à la consolidation de la position de la femme en matière de prise de décision économique et sociale [...] notamment dans la gestion des ressources et la formulation des politiques et programmes relatifs au développement et à la lutte contre la pauvreté ;
- La garantie du droit des femmes au travail sur un pied d'égalité avec les hommes, la protection des femmes contre le chômage et l'abolition de toute discrimination envers les femmes en matière de travail ;
- La protection de la femme enceinte et la garantie du droit à la maternité ;
- Le respect des droits syndicaux des femmes ;
- Le respect des droits des femmes qui travaillent en ratifiant les conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT) relatives aux femmes et mise en conformité de la législation du travail, dont le Code du travail marocain..., avec les dispositions de ces conventions ;
- L'intégration des professions non réglementées par le Code marocain du travail, notamment les travailleuses domestiques [...] ;
- La nécessité de considérer les domaines de l'enseignement, de la santé, un du logement et de la lutte contre l'analphabétisme comme des fonctions fondamentales de l'Etat, et d'assurer que aux femmes la possibilité d'en bénéficier [...] ;
- La nécessité de généraliser l'enseignement, de le rendre obligatoire et d'en assurer la gratuité, en garantissant notamment la généralisation de l'enseignement des filles, plus particulièrement en milieu rural ; l'alphabétisation des femmes, la restructuration de l'enseignement non formel de manière à éradiquer l'analphabétisme parmi les femmes ;
- La nécessité d'assurer les soins et autres services de santé et d'accorder une attention particulière à la santé reproductive, suffit à la généralisation de la prévention et de l'hygiène et d'assurer une couverture médicale aux femmes comme aux hommes;
- La lutte contre le trafic organisé des femmes et des enfants en vue de l'exploitation sexuelle, ce pour des produits ou des services prohibés, pour le tourisme sexuel, et toute forme de trafic sexuel ; avec la nécessité d'assurer une assistance juridique et sociale aux victimes de ces trafics et de sévir contre ceux qui s'en rendent coupables ;
- L'adoption de mesures de nature à promouvoir le statut de la femme en milieu rural dans les domaines du travail, de l'enseignement et de la santé ;
- La nécessité de mettre un terme à l'émigration clandestine des femmes et des hommes en éradiquant les causes économiques, sociales et politiques d'un tel phénomène ;
- Le devoir de faciliter aux femmes ayant des besoins spécifiques l'accès aux services et équipements nécessaires, éventuellement en dispensant services et matériel aux familles ;
- La nécessité de créer un instrument national chargé de la condition féminine et de l'intégration de l'approche du genre à tous les programmes et stratégies de l'Etat avec la participation des organisations des femmes et du mouvement démocratique et […].

Le chômage:
Le chômage se place en tête des problèmes économiques et sociaux dont souffre le Maroc, et ne cesse de s’aggraver, avec des répercussions sociales négatives. D’après un rapport, publié par le Haut Commissariat au Plan, le taux de chômage s’est situé à 11,3 % en 2005, en augmentation de 1,6 % par rapport à l’année précédente, et le nombre total des sans emploi a atteint 1.289.000 personnes.

Au cours du premier trimestre de 2005, l’emploi a régressé dans les secteurs agricole et industriel. Le secteur agricole a perdu 33.000 opportunités d’emploi à cause de la sécheresse alors que le secteur industriel a enregistré une baisse de plus de 9 % de ses ressources en main d’œuvre, du fait de la perte de 95.000 opportunités d’emploi dans le secteur du tissage et de l’habillement.

Par ailleurs, il semble que la crise du chômage deviendra plus aiguë au cours des années à venir, notamment du fait des problèmes qu’affronte le secteur du textile marocain qui emploie 95.000 personnes et quoi est contraint par la concurrence à se défaire d’un grand nombre de travailleurs.

Le pillage des fonds publics, ou l’autre visage des violations graves des droits humains:

  • La démission volontaire des organes de contrôle dans l’exercice de leurs fonctions;
  • Le transfert du foncier;
  • La corruption et le népotisme à l’occasion des recouvrements;
  • L’utilisation de comptes extra légaux;
  • La destruction de documents sous prétexte d’incendies, d’inondations ou parce qu’ils sont prétendument introuvables;
  • Le recrutement en dehors du cadre légal;
  • Le piratage pour introduire de fausses informations;
  • Le lancement de marchés sans justification raisonnable;
  • La suspension de l’approbation des comptes de clôture depuis 1981;
  • Le gel du conseil d’administration pendant la période de 1992 à 2000.

 

Tels sont quelques grands titres des crimes commis avec préméditation, et contenus dans le rapport de la commission d’investigations de la Chambre des Conseillers au sujet de l’affaire de la CNSS, que le juge d’instruction du Tribunal d’Appel de Casablanca a mis sous le coude, suite au scandale qui a éclaté après le rapport de la commission d’investigations de la chambre des députés relatif au dossier du CIH.

Il est certain que la plupart des articles du Code Pénal sont applicables à ce type de criminalité,  ils ne sont pas des cas isolés. Primo du fait de l’accélération du rythme des détournements et du pillage des fonds publics, qui ne se comptent plus en millions mais en milliards, qui sont différés à la justice. Secundo au vu des manifestations de la saignée des fonds publics qui sont passés sous silence jusqu’à présent. Tertio du fait que de nombreux établissements publics bénéficient de véritables transfusions de fonds, qui sont des fonds du peuple, suite à leur mauvaise gestion et administration, les responsables s’en tirent  à bon compte, sains et saufs ! Quarto, parce que certains privilégiés dont en exige la restitution des fonds qu’ils ont détourné sont à l’abri ,en attendant que la tempête se calme. Ett quarto parce que la plupart de nos établissements publics et semi-publics partagent le même sort que celui des scandales du CIH et de la CNSS.

Les fonds publics ont fait, et continu à faire, l’objet de gaspillage et ne sauraient être une exception dans le contexte des politiques suivies. La situation devient plus complexes du fait que des mesures concrètes ne sont pas prises dans des affaires et des questions dont certaines sont exposées dans le cadre de ce dossier; et ce d’autant plus que ces mesures ne coûteraient pas un seul centime  au trésor de l’Etat! Ces mesures seraient, à titre d’exemple, la promulgation d’un texte loi concernant des sommes pillées le recouvrement des frais judiciaires dans des jugements prononcés en faveur de l’Etat, l’instauration du principe de la comptabilité des organes de contrôle au sujet des détournements, la révision de l’institution de l’Agence Judiciaire du Royaume/l’avocat de l’Etat, et les sections judiciaires dans les administrations en plus des propositions que contient d le rapport sur « 50 ans de développement humain et les perspectives à l’horizon de l’année 2005 ».

  • La nécessité de trouver une solution à l’achoppement des dossiers des fonds publics déférés à la justice;
  • Quel est le sort réservé aux dossiers en suspens ?
  • Est-ce que l’Agent Judiciaire du Royaume  est informée de toutes les affaires de détournements?

 

La lenteur de la moralisation de la vie publique est une entrave à la croissance socio-économique du Maroc:

De nombreux rapports soulignent l’aggravation du phénomène de la corruption et l’inefficacité des dépenses publiques au Maroc. La Banque Mondiale; considérée comme l’un des responsables de la crise économique et sociale dans notre pays et en dépit du fait que le Maroc soit l’un de ses élèves les plus distingués; indique dans son rapport qu’au cours des vingt cinq dernières années, le Maroc, est passé d’un système très étatisé à un système libéral. Cependant, cette mutation ne signifie nullement que les questions de la gestion aient atteint un niveau élevé de transparence. En effet, nombreux sont les sujets et les domaines vitaux qui sont encore objet de débat et de polémiques. La démocratie est au cœur des ces questions. La démocratie ne signifiant pas seulement la liberté de voter dans des urnes et le choix des représentants au niveau du parlement, avec ses deux chambres, et des conseils municipaux et ruraux; elle concerne aussi la répartition des richesses. En effet, le détournement des fonds publics, les moyens de les récupérer, la lutte contre la corruption et la consolidation des fondements de la vie publique sont autant de questions qui constituent l’essence du débat social et politique au Maroc.

Au cours des dernières années l’Etat a déféré à la justice une série des dossiers concernant le pillage des fonds de nombreux établissements publics dont le CIH, la CNSS, la COMANAV ainsi que d’autres établissements. Mais le fait de ne pas trancher/ ces affaires constitue une opportunité pour les auteurs de bénéficier de l’impunité. En effet, la lenteur des procédures, le fait de ne pas axer [l’action politique] essentiellement sur le principe de la récupération des fonds de l’Etat qui ont été pillés sont des sujets brûlants du fait de leur lien direct avec des questions sociales relatives  au déficit financier dont souffrent de nombreux services publics vitaux. En conséquence, la qualité  des prestations de ces services sont en baisse, et en premier celles de la santé, l’enseignant et l’emploi. D’ailleurs, de larges couches sociales, organisations des droits humains et partis politiques établissement un rapport direct entre ces problèmes et celle du pillage de fonds publics avec ses répercussions négatives sur la vie des citoyens.

Dans ce cadre, le montant des fonds non récupérés et au sujet duquel la Cour Spéciale de Justice de Rabat a prononcé une sentence, au cours de ses 39 années d’existence, s’élève à 136 milliards de centimes. Quant aux fonds à propos desquels des juridictions ordinaires ont prononcé des sentences non exécutées, leur montant dépasse le milliard de centimes, selon un rapport publié en 1998. Par ailleurs, il faut aussi signaler les privilèges et le pillage ainsi que  l’accaparement des richesses nationales, par une certaine couche sociale qui monopolise le droit d’en bénéficier. Il s’agit des autorisations d’exploitation des carrières de sable, des licences de la pêche hauturière, mais aussi de la fraude fiscale, qui représente, selon des économistes spécialisés, les deux tiers des recettes fiscales, sans parler des affaires que l’Etat a perdu devant la justice du fait des erreurs commises par ses fonctionnaires,  qui saignent  les fonds publics et encombrent la justice par des affaires perdues.

A ce propos, il faut aussi signaler l’aggravation de la corruption, qui est devenue la règle dans les transactions économiques, l’investissement et les relations entre citoyens et établissements publics en général. En effet, dans ce domaine le Maroc occupe la 77 place. Un rapport de Transparency International indique que le Maroc a régressé dans le classement de l’indicateur de la corruption, il est passé du 70 rang en 2003 au 77 en 2004, alors qu’il occupait le 45 rang cinq années auparavant seulement. En fait, cela démontre que les efforts déployés par les autorités publiques en vue de moraliser la vie publique n’ont pas réussi à éradiquer ce fléau. Le problème ne consiste pas à prendre une décision gouvernementale, mais nécessite une politique rigoureuse de lutte contre l’impunité dans les affaires de pillage des fonds publics et contre leur non récupération. D’ailleurs les privilèges d’exploitation des richesses constituent le pire exemple à suivre pour persister dans ce genre de comportement social. Ce fléau est considéré comme l’une des principales entraves au progrès de l’investissement local et étranger et à la prospérité des entreprises, car un pourcentage élevé de la passation des marchés publics, de l’ordre de 60 %, s’accompagne de pots de vin qui atteignent parfois 10 % de la valeur du marché.

 

 

Article 6 : Le droit au travail et les droits de travailleurs:

Tout abord, il faut signaler que le Code du Travail est entré en vigueur le 18/06/2004 et non pas en 2003 comme l’indique le rapport du  gouvernement.

Ce rapport  indique les mesures prises pour renforcer l’embauche, et se réfère aux mesures considérées comme stratégiques pour le renforcement de l’emploi, alors que les données contenues dans le rapport ne sont que de simples mécanismes régissant les dispositions légales de l’embauche dont bénéficie le demandeur d’emploi. Elles ne constituent nullement une mise en œuvre du droit au travail pour tout citoyen(ne) tel que le stipule l’article 13 de la Constitution.

Le rapport avance une multitude de chiffres. Ce procédé adopté par le rapport pour exposer les efforts déployés par l’Etat pour la mise en œuvre des  dispositions de l’article 13 de la Constitution et des articles 6,7 et 8 du Pacte, conformément auxquels l’Etat s’engage à garantir le droit au travail, ne reflète pas le rôle assumé par l’Etat pour garantir le droit au travail, mais bien au contraire  escamote l’absence de ce rôle. En effet la garantie du droit au travail exige de l’Etat de fournir les données suivantes:

  • Le nombre de chômeurs au Maroc;
  • Le nombre des lauréats des écoles, instituts et universités;
  • Le nombre d’emplois crées par l’Etat au titre de son budget annuel;
  • Le nombre de licenciés et des personnes suspendues de leur travail pour fermeture, faillite ou renvoi;
  • Le taux des emplois crées par le secteur privé;
  • Les priorités gouvernementales dans le domaine de l’emploi;
  • Les mesures prises dans le domaine de la mobilisation des ressources financières pour fournir du travail et leur adéquation aux exigences du travail;
  • Le déficit de l’Etat et ses répercussions sur la mise en œuvre et la garantie du droit au travail tout en indiquant les contraintes de l’Etat et la politique qu’il déploie pour traiter le problème;
  • Les causes de la non-satisfaction des revendications des diplômés chômeurs.

 

Sur la base de ce qui précède, il s’avère que le rapport du gouvernement, en l’absence de cette méthodologie et de statistiques précises, permettant de se faire une idée claire de la réalité de l’emploi au Maroc, n’est en fait qu’un texte narratif sans aucun rapport avec la réalité. En effet, il se fonde sur les dispositions législatives et légales au lieu de prendre appui sur les résultats pratiques et concrets de la mise en œuvre de ces lois.

Article 6: En réponse au contenu du rapport gouvernemental, l’AMDH en plus de préambule ci -dessus expose les faits suivants:

* L’emploi:

  • La suppression des bureaux du recrutement des travailleurs régis par le Dahir 27-09-1921 qui étaient des bureaux publics;
  • L’inégalité dans l’emploi aussi bien dans le secteur public que dans le privé;
  • La non indemnisation des retraités pour services rendus aussi bien ceux ayant atteint l’âge légal de la retraite que ceux qui ont bénéficié de ce qu’on appelle au Maroc « Le Départ Volontaire »;
  • L’insuffisance et la diminution constante des emplois crées au titre de la loi de finances chaque année.

 

*Atteinte à la stabilité de l’emploi:

  • Silence de l’Etat face aux licenciements collectifs des travailleurs par les établissements de production et l’ineffectivité des dispositions légales du Code du Travail;

 

*Formation pour l’insertion et formation qualifiante:

  • Echec des programmes qui se sont  transformés, pour certaines entreprises, en moyens de bénéficier d’indemnités injustifiées;
  • De nombreuses bénéficiaires de ces programmes rejoignent les rangs des chômeurs.

 

L’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi et des Compétences

  • Des milliers de jeunes ont été victimes des pièges tendus par de nombreuses sociétés fictives par l’intermédiaire de cette agence;
  • Un autre groupe de jeunes ont signé des contrats avec des sociétés étrangères, par l’intermédiaire de cette agence, et une fois  en Espagne mais ces sociétés ont refusé de les embaucher.

 

Le travail des enfants:

  • La tolérance de l’exploitation des enfants dans des établissements de production privées à travers des contrats de formation professionnelle;
  • La tolérance de l’emploi des enfants en dessous de l’âge légal dans l’artisanat et l’agriculture;
  • La non-réglementation du travail des domestiques, dont la majorité sont des enfants, en dépit des dispositions du Code du Travail;
  • La non-promulgation de lois spécifiques pour le travail dans les métiers traditionnels.

 

Article 7: Le droit de jouir de conditions de travail justes et favorables:

A l’instar de la méthodologie susmentionnée et adoptée par le rapport, ce dernier rappelle les textes de lois introduites dans l’arsenal législatif, en tant qu’effort déployé par l’Etat pour garantir la jouissance de conditions de travail convenables. Le rapport indique aussi les sanctions stipulées par la loi en cas de non-respect.

Ainsi, le rapport est  dépourvu de données statistiques qui indiquent:

  • Le degré d’effectivité de la mise en œuvre  de ces lois, l’application du SMIG et des conditions de sécurité et de santé dans les espaces de travail;
  • Le taux des établissements qui conformément aux textes des lois, le nombre de ceux qui continuent à travailler en dehors des normes  du SMIG, la sécurité et la santé etc.…;
  • Le nombre des contraventions enregistrées contre les établissements qui ne respectent pas les lois et le type de sanctions prononcées contre elles ainsi que le degré d’efficacité pour la garantie de conditions de travail convenables;
  • Les pouvoirs de l’appareil de l’inspection du travail, l’abstention d’intervenir pour le contrôle des conditions de travail, le rôle qui lui est assigné et le degré d’effectivité des lois dans ce domaine;
  • La procédure légale pour vérifier l’inexistence de discrimination salariale entre les sexes, avec un salaire égal pour un travail égal (exemple de l’IER avec ses employés);
  • Les indices du coût de la vie et de son évaluation sur la base de critères précis convenus représentant le minimum pour la vie d’un citoyen marocain lui garantissant une vie digne pour lui et sa famille. Quant à prétendre que le SMIG actuel assure  un niveau de vie convenable et digne, c’est à la fois loin de la réalité et inexacte notamment avec la cherté de la vie et l’augmentation permanente des prix
  • Des statistiques concernant les accidents de travail et leurs causes, en rapport avec les conditions de travail.

 

Tels sont des exemples que le rapport du gouvernement aurait dû fournir pour présenter une image qui permette de connaître la mise en œuvre de ce droit et son taux d’application.

Les salaires:

Le salaire minimum légal:

  • Est  insuffisant pour assurer au travailleur et à sa famille une vie digne;
  • Il n’accompagne pas l’augmentation du coût de la vie;
  • La permanence de la discrimination salariale légale entre les travailleurs dans les secteurs de l’industrie, des services et de  l’agriculture;
  • Application du SMIG dans le secteur agricole aux ouvriers des entreprises industrielles localisées en dehors des villes (production avicole, emballage) même s’ils ne bénéficient d’aucun avantage en nature;
  • Consécration de la discrimination salariale à l’intérieur même du secteur de l’industrie et des services, conformément au décret publié dans le B.O du 07 juin 2004, et de la décision du ministre de l’emploi du 09 août 2004;
  • Les amendes appliquées à l’employeur ne respectant pas le SMIG ne dépassent guère 300 à 500 dirhams pour toute contravention sans dépasser le seuil des 20.000 dirhams, quelque soit le nombre des travailleuses victimes de cette violation de la loi;
  • La non-application de l’article 184 du Code du Travail qui stipule que « la réduction de la durée du travail dans les activités non agricoles de 2496 à 2288 heures dans l’année et dans les activités agricoles de 2700 à 2496 heures dans l’année  n’entraîne aucune diminution du salaire »; et en conséquence l’autorisation de la réduction des salaires suite à celle de la durée normale du travail de 48 à 44 heures hebdomadaires;
  • L’autorisation de la réduction du salaire mensuel de moitié lors de l’application de l’article 185 du Code du Travail qui stipule que « le salaire est payé pour la durée effective de travail et ne peut, en aucun cas, être inférieur à 50 % du salaire normal, sauf dispositions plus favorables pour les salariés ».

 

La santé et la sécurité:

  • Absence des conditions de santé, sécurité et hygiène même dans les services publics tels que les administrations et les hôpitaux et encore plus dans les usines privées, les mines et les exploitations agricoles;
  • Utilisation des produits dangereux sans aucun contrôle en pétrochimie, le secteur du cuir et les exploitations agricoles (les serres par exemple) aussi que dans les carrières;
  • Absence des mesures de sécurité pour les travailleurs du bâtiment qui travaillent en hauteur;
  • En général, il n’y a pas eu de création de services médicaux dans les entreprises qui occupent au moins 50 salariés et dont les salariés sont exposés au risque de maladies professionnelles, et ce en violation de l’article 304 du Code du Travail;
  • Non-respect de l’article 309 du Code du Travail qui stipule que « le fonctionnement des services médicaux du travail est assuré par un ou plusieurs médecins dénommés « médecins du travail » qui doivent exercer personnellement leurs fonctions ». On marque que le rapport du gouvernement n’a pas soulevé ce point : Serait-ce le prélude d’un amendement du Code du Travail à la suite des pressions du patronat, comme le prétendent des rumeurs persistantes dans les milieux industriels marocains ?
  • Les salariés travaillant dans des chantiers dangereux ne sont pas informés des techniques et des moyens des premiers secours d’urgence.

 

Donc, en l’absence du médecin du travail et d’un service médical dans la plupart des entreprises privées il y a:

  • Impossibilité d’assurer la protection contre les accidents du travail, les maladies professionnelles ou le contrôle adéquat de l’état de santé du salarié;
  • Impossibilité de contrôler la composition des produits chimiques utilisés pour vérifier leur impact sur la santé des travailleurs et des consommateurs. Ainsi, il y a violation et non respect des dispositions de l'article 323 du Code du travail;
  • Les salariés ne sont pas soumis à un examen médical régulier, conformément aux dispositions de l’article 327 du Code du travail.

Quant aux amendes qui sanctionnent les employeurs qui ne respectent pas les conditions de santé et de sécurité, elles sont dérisoires et varient de 2000 à 5000 dirhams.

Le conseil de médecine du travail:

Malgré son caractère purement consultatif, il n’a pas encore tenu de réunion.

Les comités de sécurité et d’hygiène:

Dans la majorité des établissements de production privés et publics, les comités  de sécurité et d’hygiène n’ont pas été crées, et cela pour les raisons suivantes:

  • Absence de la volonté des employeurs de disposer d’un contrôle interne;
  • Inexistence des délégués des travailleurs dans la plupart des entreprises;
  • Absence du médecin de travail dans la plupart des entreprises de production.

En conséquence, il y a une absence de contrôle interne concernant :

  • La maintenance des appareils de protection lorsqu’il s existent;
  • La protection de l’environnement à l’intérieur de l’entreprise;
  • LAa vérification de l’outillage et des instruments de travail;
  • La réhabilitation des handicapés;
  • Le fonctionnement du service de la médecine de travail;
  • Le suivi des accidents de travail et des maladies professionnelles;
  • L’élaboration de rapports soumis à l’inspection du travail sur les accidents de travail et les maladies professionnelles;
  • Le montant dérisoire des amendes de 2000 à 5000 dirhams.

 

La durée du travail et les heures supplémentaires:

  • Les employeurs s’arrangent pour faire travailler les travailleurs plus que la durée normale légale du travail (44 heures par semaine dans les secteurs de l’industrie, le commerce et les services et 48 heures dans l’agriculture), et ce en imposant une surproductivité à tout travailleur quelque soit la durée du travail, ou en prétextant des retouches du produit sans aucune indemnité;
  • Les heures supplémentaires ne sont pas comptabilisées ou ne sont pas indemnisées conformément aux dispositions légales;
  • La durée de travail normale est désormais de 10 heures par jour et 12 heures dans des cas exceptionnels, avec une tendance à la généralisation en l’absence de tout contrôle effectif de la part des appareils légalement habilités à le faire;
  • Les employeurs ne se conforment à aucune durée maximale de travail quotidien, notamment dans les secteurs du bâtiment, du textile, de l’artisanat et de l’agriculture;
  • Absence des conditions de travail nocturne, notamment celui des femmes;
  • Le travail nocturne des enfants.

 

Article 8: Le droit de constituer des syndicats et de s’y affilier:

  • Il faut enregistrer le progrès relatif introduit par le Code du Travail, par rapport à l’ancien Dahir régissant les syndicats, en date du 18 juillet 1957, en ce qui concerne la définition des missions des syndicats telles que stipulées dans l’article 396 du Code du Travail, l’interdiction de porter atteinte à la liberté syndicale, et l’interdiction de toute discrimination pour appartenance syndicale (article 09 et conditions de dépôt du dossier légal du syndicat suivant les articles 414 et 415 du Code du travail).

 

Cependant l’amende imposée aux employeurs, en cas de violation de ces articles, ne constitue nullement un moyen de dissuasion (30.000 dirhams comme maximum); surtout par rapport à la sanction du travailleur en cas de violation des dispositions du même article 09. En effet, le travailleur est puni de trois mois de prison et de licenciement, conformément à l’article 288 du Code Pénal marocain. Cette condamnation pouvant être de deux ans de prison ferme ou une amende de cinq milles dirhams.

  • Non-ratification par le Maroc de la convention n° 87 de l’OIT et permanence de la privation de certaines catégories de salariés de l’exercice du droit syndical (douane, justice, gardes forestiers);
  • Interdiction pour les administrateurs du Ministère de l’Intérieur d’assumer des responsabilités syndicales;

 

* Discrimination à l’encontre des étrangers en ce qui concerne:

  • L’éligibilité à la fonction de délégué des salariés;
  • L’éligibilité à la fonction de responsable syndical;

* Permanence d’une série de lois qui limitent l’exercice de la liberté syndicale:

  • Le dahir de 1913;
  • Le dahir de 1958 relatif à la fonction publique;
  • L’article 288 du Code pénal qui sanctionne l’incitation à l’arrêt collectif du travail, et la permanence de l’application de cette condamnation.

La discrimination dans l’emploi à l’encontre des syndicalistes:

  • Permanence des licenciements pour appartenance syndicale;
  • Elaboration et diffusion de listes par les employeurs pour interdire l’embauche des syndicalistes licenciés, et retrait préalable du syndicat pour leur réintégration ;
  • Permanence des poursuites et des arrestations contre les travailleurs pour des motifs strictement syndicaux, sous des prétextes fallacieux;
  • La protection des délégués syndicaux se milite aux entreprises qui occupent plus de 100 salariés, de plus la protection n’inclut que les seuls membres du bureau syndical;
  • Refus des autorités locales sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur de délivrer les récépissés lors du dépôt légal du syndical et ce aussi bien au cours  de la constitution du bureau syndical ou de son renouvellement;
  • Malgré l’article 396 du Code du Travail qui stipule que les syndicats contribuent à l’élaboration de la politique nationale dans les domaines économique et social, le gouvernement ne les a jamais invités à participer, et ils ne sont même pas consultés;
  • Non-respect par les autorités locales de contenu du Code du Travail et du délai stipulé pour la procédure de règlements des conflits ;
  • Violation régulière des articles 92 et 93 du Code du Travail par la non tenue de négociations collectives au niveau de l’entreprise et au niveau national.

 

A propos du droit de grève:

Le projet de loi sur la grève en cours d’élaboration par le gouvernement permet d’émettre les remarques suivantes:

  • Un recul par rapport à l’article 14 de la Constitution;
  • L’attribution au Premier Ministre du droit d’interdire la grève en cas de crise nationale aiguë, sans en définir le contenu précis de la crise;
  • Mise en place d’une procédure longue et paralysante pour le déclenchement de la grève;
  • Le recours à l’utilisation de lois coercitives pour entraver l’exercice du droit de grève (article 288 du Code du Pénal);
  • Le recours au Dahir de 1913 et à l’article 05 de la loi régissant la fonction publique.

 

La retraite:

  • Le montant dérisoire des retraites;
  • Le nombre important  des employeurs du secteur privés  qui s’abstiennent de déclarer les salariés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS);
  • La non-déclaration de toutes les journées de travail et en conséquence la privation des travailleurs d’une partie de leur retraite;
  • La non récupération des fonds publics détournés de la CNSS;
  • Le recours de l’Etat au transfert d’une bonne partie des fonds des travailleurs déposés à la CNSS;
  • Le non règlement des dettes de l’Etat au profit de certaines caisses de retraite en dépit de leur situation financière;
  • L’Etat continu à disposer des fonds des caisses de retraite menacées de faillite.

 

L’inspection du travail:

L’inspection du travail se trouve dans l’incapacité de procéder au contrôle de l’application du Code du Travail dans les entreprises, et ce pour les motifs suivants:

  • Insuffisance de l’effectif des inspecteurs du travail. Mais, en dépit de cette situation un grand nombre d’inspecteurs ont quitté la fonction publique dans le cadre du « départ volontaire », au moment ou leurs attributions ont décuplées suite à la promulgation  du Code du Travail;
  • Insuffisance ou absence de moyens de travail, d’équipement et de moyens de transport;
  • Absence de statut pour les inspecteurs du travail;
  • Situation matérielle déplorable des inspecteurs du travail;
  • Absence de toute protection légale effective des inspecteurs du travail au cours de l’accomplissement de leur mission. De ce fait, il y a augmentation des pressions qui s’exercent sur les inspecteurs pour les empêcher d’exercer le contrôle des entreprises et ce par l’usage de la violence et des condamnations à la prison comme ce fut le cas contre l’un d’eux (M. Zine El Abidine KACHA condamné à dix ans de réclusion pour avoir dresser un procès verbal de violation des dispositions du Code du Travail par un employeur);
  • Absence de tout contrôle des inspecteurs du travail au cours de l’accomplissement de leur fonction, et l’absence de mesures répressives contre ceux qui se rendent complices des employeurs pour la violation du Code du Travail.

 

La justice :

  • Absence de juridictions spécialisées en matière sociale;
  • Absence de conseillers en matière de droit social lors des règlements des conflit de travail, en dépit de l'existence d'un texte exigeant leur présence;
  • Absence d'une autorité judiciaire indépendante et intègre;
  • -Enormes lacunes en matière de suivi des développements de la législation sociale au niveau local et international;
  • Situations ambiguës des travailleurs dans les entreprises en difficulté en vertu du livre V du Code du Commerce, et plus particulièrement en ce qui concerne les travailleurs qui ont cessé d'exercer et qui n'ont pas fait leur déclaration de salaire;
  • Hauteur des prises de décision de justice en faveur des travailleurs;
  • Absence de toute intervention positive de la justice en matière d'application des dispositions légales aux conditions de travail;
  • Absence de textes permettant aux salariés ou à leurs représentants syndicaux de recourir à la justice contre tout employeur qui n'assure pas un minimum de conditions de travail convenables conformément à la loi.

Le chômage des diplômés de l'enseignement supérieur :
L'AMDH a dû assurer le suivi et introduire des procédures de plusieurs dossiers en la matière, le tout ayant été transmis aux responsables, sans réaction ni réponse dans la plupart des cas.
Un groupe de diplômés chômeurs a tenté il y a quelques semaines de s'immoler par le feu, en s'imbibant d'essence et allumant le feu, causant de la sorte des brûlures très graves à l'un d'entre eux [...] D'autres ont eu recours à la grève de la faim, qui a duré plusieurs semaines et  aboutissant  à la perte de connaissance pour certains, et pour d'autres à des affections de l'appareil digestif et d'autres organes.
Cette catégorie de la population s'est trouvée dans une situation extrêmement difficile après avoir épuisé toutes les ressources du dialogue et conclus plusieurs accords avec les responsables, accords que ceux-ci se sont empressés d'ignorer.
Ainsi, le 2 mars 2006, des éléments du Groupement National des Titulaires de la licence non bénéficiaire du premier Programme National de Formation et de Qualification  ont tenté de se suicider en ingérant des produits toxiques et en s'imbibant d'essence pour se brûler, après avoir diffusé un communiqué dans ce sens. Décision qui fait suite au refus de leur accorder un emploi conformément à un accord signé avec le Ministère de l'Emploi et le Ministère de l'Intérieur en janvier 2003.
La même situation s’est reproduite  concernant les diplômés des hautes études (bac + 5): l'intervention violent des forces de l'ordre pour disperser leur manifestation a provoqué plus de 14 cas d'avortement et plusieurs fractures, blessures et contusions, sans parler des paroles et des actes injurieux et dégradants.
Dix années de chômage :
Les 10 dernières années ont enregistré un mouvement de protestation continue ascendant des chômeurs, notamment les diplômés chômeurs, dont le siège principal a été le boulevard et la place faisant face au siège du Parlement. Les forces de l'ordre sont constamment intervenues, très violemment le plus souvent, pour rétablir l'ordre public, selon le Ministre de l'Intérieur. Ce genre de manifestations a atteint la fréquence de 2 à 3 par jour, soit: 700 manifestations de protestation par an, organisées par diverses catégories de jeunes chômeurs.
Mais, au cours des toutes dernières années, le mode d'expression du mécontentement des chômeurs a changé radicalement pour revêtir les formes qui viennent d'être mentionnées, qui sont une réaction au silence des responsables. L'AMDH a constamment mise en garde contre les éventuelles conséquences dramatiques d'une telle situation.
Notons que bon nombre de ces diplômés chômeurs, qui ont eu recours à des solutions extrêmes du genre que l'on a vu, sont resté au chômage pendant plus de 10 ans, au cours desquels ils ont dû dialoguer, négocier, conclure des accords avec des responsables de tous les niveaux et de divers départements gouvernementaux ou autres, obtenir des promesses... Mais pas de travail.
Les mendiants à la sébile blanche :
Il s'agit d'un groupe de 15 personnes, dont 4 de sexe féminin, dont 2 femmes mariées et mères d'une fille; une autre et sur le point de se marier. Voilà pour la composante féminine. Pour la partie masculine, 2 hommes mariés, dont un père de 3 enfants. Les membres du groupe sont âgés de 33 à 41 ans; autrement dit: un certain nombre d'entre eux (et d'entre elles) ne sont plus quand moins de 4 ans de la limite d'un âge pour l'admission à la fonction publique. Les éléments masculins constituant le groupe se partagent deux pièces contiguës d'une humble demeure d'un quartier populaire de la vieille médina. Le loyer de chaque pièce est de 500 Dh / mois. Au menu quotidien: du pain et du thé. Pour les éléments féminins, ont logé chez des proches parents.
Aux membres du groupe, qui préfèrent garder l'anonymat, nous avons posé la question de savoir comment il pourvoit à leurs besoins. En guise de réponse, l'un d'entre eux nous indique une boîte blanche en carton portant l'inscription suivante (en arabe, bien entendu): « Assistez-nous dans notre difficile épreuve », sur une face; sur la face opposée: « Notre drame persiste depuis le 1er mai 2001 ». Il s'agit là du cas réel et concret d'un groupe de diplômés chômeurs aveugles, acculés à la mendicité avec une "sébile" blanche en carton renforcé.
Tous les ingrédients du découragement, et même du désespoir ont été, donc, rassemblés pour pousser les diverses catégories et différents groupes de chômeurs diplômés à commettre sur leurs personnes les actes dont on utilisation et d'autodestruction dont les exemples ont été cités ci-dessus.

Articles 10 et 11 : protection de la famille et garantir un niveau de vie.
- Plus de 6 millions de pauvres, et de larges couches de la population risquent de le devenir :

Selon le Ministre du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité, « la lutte contre la pauvreté, les inégalités et la marginalisation, ainsi que la consolidation du capital social sont des éléments essentiels pour toute stratégie de développement ». M. Harouchi ajoute, au cours d’un colloque sur le développement intégré, tenu samedi dernier à Ifrane, que 49,3 % du budget de l'Etat ont été consacrés aux secteurs sociaux en 2003. Et d'ajouter qu'en dépit des mesures prises, et qui ont permis d'améliorer la situation de certains indicateurs socio-économiques, le déficit social demeure considérable du fait que le taux de pauvreté dépasse 20 % dans la moitié des 1200 communes rurales, comme il dépasse les mêmes 20 % dans 16 % des 249 communes urbaines.

Et, toujours selon le ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, 25 % de la population se trouvent dans une situation économiquement difficile, alors que le taux d'analphabétisme est de 48 % environ. Devant les grands nombres d'intervenants et participants audit colloque, le ministre a dû reconnaître le manque de coordination et de cohérence et la nécessité de reconsidérer la politique sociale du Gouvernement. Il a également passé en revue les émissions et objectifs de son département, parmi lesquels la lutte contre la pauvreté s'inscrit comme une priorité, notamment dans les zones où la pauvreté affecte 20 % ou plus de la population; avec la réhabilitation sociale des zones suburbaines par des initiatives concertées entre les intervenants.

La pauvreté est, sans nul doute, une des atteintes les plus flagrantes à la dignité humaine. Elle touche de larges catégories de citoyennes et de citoyens. L'augmentation des taux de pauvreté parmi la population, et à des niveaux si élevés, est une atteinte grave aux droits économiques et sociaux de vastes couches de la population, qui vivent dans des conditions indignes et dégradantes, pour le moins qu'on puisse dire.

En dépit des réserves de rigueur au sujet des statistiques officielles en la matière, on est bien obligé d'admettre qu'elles sont inquiétantes. D'après le Rapport sur le développement humain dans le monde arabe ou 2004, le nombre de marocains vivant en dessous du seuil de la pauvreté est évalué à 6 millions de personnes, soit 19 % de l'ensemble des habitants: 32 000 700. En dépit de la monstruosité d'un tel chiffre, certains acteurs et observateurs l'appréhendent avec beaucoup de réserve, estimant qu'il est en deçà de la réalité.

Le Maroc et au 15e rang des pays arabes, selon ledit rapport, et il est au 125e rang mondial sur 173 pays. Un tel classement est assez significatif des conditions de vie dégradantes d'une partie considérable des citoyens marocains.

Le rapport du Haut Commissariat au Plan pour l'année 2005 mentionne que le SMIG est de 150 $ / mois. A l'AMDH nous avons dû assurer le suivi des cas de nombreux citoyens et citoyennes travaillant dans divers secteurs d'activité qui perçoivent bien moins que ce SMIG. D'autre part, les sondages et enquêtes montrent que les dépenses d'un ménage marocain de 6 personnes dépassent les 400 $ / mois. Autrement dit: l'écart entre dépenses et revenus est énorme. Les conséquences sur les personnes le sont encore plus: des familles sont acculées à opérer des choix bien difficiles tels que la déscolarisation de leurs enfants pour les orienter vers la recherche d'un travail souvent pénible et dégradant, où l'habitation dans des logements et des zones insalubres; pis encore: certains ménages se retrouvent dans l'obligation de mettre un terme aux soins et traitements de certains de leurs membres atteints de maladies graves à cause des coûts trop élevés.

On peut citer à ce propos cette remarque d'un économiste marocain, M. Mustapha Moudden: « Du point de vue de la liberté d'expression et autres libertés politiques, le citoyen marocain vit dans le luxe par rapport aux citoyens des autres pays de la région. Mais il n'a pas accès à l'eau potable, par exemple, comme c'est le cas de milliers de citoyens dans les régions montagneuses ou désertiques marginalisées. Il n'a pas son pain quotidien. Aucune école ne se trouve assez près de chez lui pour qu'il puisse y envoyer ses enfants. Et il n'y a pas d'hôpital, ni même une ambulance pour y conduire son épouse en cas d'accouchement problématique; et si jamais elle y arrive elle risque de n'y pas trouver un médecin compétent. »

Et le même auteur d'ajouter: « C'est une vraie honte que d'entendre parler de "Marches de la soif" entreprises par des centaines d'assoiffés descendus des montagnes de l'Atlas pour réclamer l'accès à l'eau potable pour eux et leurs bêtes apprennent que leurs réserves d'eau et leurs puits aient été taris du fait de la sécheresse », avant de se demander: « Dans un pays où l'eau potable est encore un privilège réservé à certains, comment parler de généralisation de l'enseignement et de scolarisation de tous les enfants ? »

L'aggravation de la pauvreté au Maroc a créé un état de mécontentement général dans divers secteurs sociaux et chez plusieurs organisations civiques et des droits humains. La colère s'est aggravée parmi les couches les plus pauvres, qui représentent une bonne part du peuple marocain. Cela s'est exprimé par les nombreuses manifestations que certaines villes du Maroc ont connues pour réclamer des solutions à ce problème. Mais l'Etat a réagi par la violence et l'usage abusif de la force envers les citoyens en question, dont certains, au lieu de voir leurs problèmes recevoir une solution convenable, ont été traduit devant les tribunaux.

Les questions de Santé sont également fort préoccupantes. Le budget de la Santé publique ne dépasse guère 1,24 % du PIB. Et, d'après les rapports du ministère de la Santé publique, les citoyens sont tenus de payer les soins qu'ils reçoivent et financent le secteur de la santé à hauteur de 34 %. L'Etat ne supporte, donc, que 24 % des frais. Les assurances, mutuelles et autres organismes similaires supportent le reste.

Autre aspect de la dégradation des services de santé au Maroc et le fait que la gratuité des soins dans les hôpitaux publics marocains est en voie de disparition. Tout citoyen qui s'adresse au service des urgences d'un établissement de santé publique à Rabat, par exemple, est désormais tenu de verser une somme de 6 $ à l'entrée de ce service, quel que soit le niveau de gravité de son état, et avant même qu'il ne soit examiné par un médecin. Devant une telle situation le mécontentement va croissant parmi les citoyens. Il s'agit là d'une atteinte à un droit humain fondamental: le droit à l'intégrité physique, quand ce n'est pas, tout simplement, le droit à la vie qui est bafoué.

Certaines sources font, d'ailleurs, remarquer que les vraies bénéficiaires des services de santé publique sont les catégories les plus aisées de la population, et non les plus pauvres. Quand celles-ci parviennent, à grand-peine, à régler les frais de consultation, les ressources lui font, le plus souvent, défaut pour l'acquisition des médicaments et le reste du traitement. D'autant plus que les prix des médicaments au Maroc sont les plus élevés des pays de la Région.

Les bidonvilles, les taudis, les constructions anarchiques et autres formes d'habitat insalubre sont un signe patent de pauvreté au Maroc. Un tel habitat abriterait, selon les chiffres officiels, 230 000 familles; soit des centaines de milliers de personnes dans toutes les régions et localités du pays.

Les inégalités, disparités et autres déséquilibres sociaux s'aggravent avec le temps. Dans un mémorandum émanant de ses services, le ministère des Finances et de la privatisation reconnaît le fait que le plus haut traitement de fonctionnaire dans la fonction publique marocaine équivaut à 73 fois le plus bas des salaires ! Dans d'autres pays, ce rapport est de 1 à 10.

A ce propos, il convient de rappeler que les députés marocains viennent d'adopter une loi relative à la rémunération... des parlementaires, qui augmente de 6 000 dirhams (600 $, environ) le montant de cette rémunération, suscitant ainsi le mécontentement de larges secteurs de la population, de plusieurs associations civiques, dont l'AMDH, qui a considéré qu'une telle augmentation s'inscrit de plain-pied dans le processus de dilapidation des deniers publics, au moment où plusieurs secteurs réclament une augmentation des salaires qu'ils ne parviennent pas à obtenir avec autant de facilité.

 

Le travail des enfants :

Les conditions de vie bien pénibles poussent bien des enfants et des jeunes vers le marché du travail où ils exercent diverses les activités, dont les métiers artisanaux dans l'enceinte des médinas et ses échoppes et ateliers exigus. Le secteur agricole demeure, néanmoins, celui où se dirigent principalement les enfants en âge d'être scolarisés, surtout dans les zones rurales.

Rappelons que l'Unicef avait publié au début de l'année 2004 une étude qui mentionne le fait que 51 % des enfants de moins de 15 ans vivant au sud du Maroc travaillent dans l'agriculture. Il y est mentionné également qu'ils accomplissent de quatre à huit heures de travail par jour, et que la plupart d'entre eux sont issus de milieux où les conditions d'existence sont pénibles et précaires, d'autant plus que la pauvreté au Maroc est le lot de 19 % de la population, évaluée à plus de 30 millions selon les statistiques officielles.

Des milliers d'enfants et d'adolescents sont ainsi frustrés du droit de jouir de vacances et de loisirs, avec toutes les mauvaises conséquences que cela peut avoir sur leur développement physique et mental.

Le droit au logement :

Votre point de départ et notre référence en matière de droit au logement et le premier paragraphe de l'article 11 de la Convention internationale relative aux droits économiques, sociaux et culturels. Le sens du droit au logement a été explicité par la note générale numéro 4 de la Commission des droits économiques, sociaux et culturels, où l'on définit le logement convenable comme un logement de niveau convenable, offrant un espace suffisant assez de sécurité, assez d'air et de lumière, une infrastructure convenable, une situation convenable par rapport au lieu de travail et aux équipements essentiels, à des coûts raisonnables.

Notre approche du problème du logement aura recours à des études et statistiques officielles pour la plupart et comportera trois parties:

1°_ Observations générales sur le Rapport du Gouvernement;
2°_ Etat du logement au Maroc.

1_ Observations générales sur le Rapport du Gouvernement ;

A la lecture du Rapport du Gouvernement, ne sont frappés par le fait qui ne fournit pas les informations susceptibles de refléter la situation réelle logement entend que droit parmi les droits humains, comme il n’informe pas sur les moyens mis en oeuvre par l'Etat mis sur le bilan des réalisations, comme il se doit pour toute partie respectueuse des engagements pris en vertu de la Convention et du sens donné par la Commission des droits économiques, sociaux et culturels dans ses notes générales n° 4 et n° 7 relatives au droit au logement.

Si nous allons révéler dans la deuxième partie en quoi la situation du logement au Maroc et différente de ce qui est dit dans le rapport gouvernemental, les carences de celui-ci au niveau de la forme se déclinent comme suit:

  1. _ L'insuffisance des données chiffrées dans le Rapport est souvent compensée par des formules rhétoriques qui ne s'appuient sur aucune preuve ou démonstration pour défendre l'action gouvernementale en matière de droit à un logement décent.

 

  1. _ Tous les chiffres avancés dans le Rapport couvrent la période 1995-2001, alors que le deuxième Rapport du Gouvernement marocain a été soumis [à la Commission] et discuté en novembre 2000. Ces chiffres n'apportent, donc, aucune réponse à la question de savoir ce qui a été entrepris par le Gouvernement marocain en matière de nouveaux logements depuis cette date.
  1. _ L'absence de chiffres concernant les sans-abri et les cas d'expulsions forcées, ce qui n'est pas conforme aux recommandations finales émises le 30 novembre 2000 par la Commission.

 

  1. _ Le Rapport circonscrit le logement insalubre aux bidonvilles et aux zones d'habitat anarchique ou non réglementaires, omettant ainsi d'autres aspects de logement insalubre et indécent tels que les logements trop vétustes et menacés d'effondrement, surtout dans les anciennes médinas, et qui constitue une menace réelle de la vie de plusieurs milliers de citoyennes et citoyens. L'accroissement du nombre de logements qui se sont effondrés dans plusieurs villes marocaines est un phénomène qui attire l'attention durant les dernières années.
  1. _ Pour gonfler les chiffres, le Rapport gouvernemental cite souvent le nombre d'autorisations de construire plutôt que celui des logements construits, plus conforme à la réalité.

 

  1. _ Le Rapport ne permet aucunement de se faire une idée sur l'accomplissement ou non d'un progrès en matière de construction de logements entre les deux sessions de la Commission, ou d'établir une comparaison entre besoins et réalisations. Il se montre trop sélectif en ce qui concerne les éléments de suivi requis dans les rapports des Etats tels que mentionnés dans la note générale n° 1. Beaucoup de questions restent ainsi en suspens; des questions telles que:
    1. Que le nombre de ménages sans logement, y compris les ménages partagent le logement d'un autre ménage au titre de la solidarité familiale ?

 

    1. Quel est le nombre de ménages qui vivent dans un logement insalubre ?
    1. Comment l'Etat intervient-il pour réduire l'écart entre l'offre et la demande en matière de logement ?

 

    1. Que le nombre de logements menacés d'effondrement, surtout dans les anciennes médinas ? Et le fait l'Etat pour prévenir un tel risque ?
    1. Que le nombre de ménages ne disposant pas des moyens de financiers [l'acquisition ou la construction] d'un logement dans le cadre des projets de logements économiques, et quelles sont les solutions proposées dans ce cas ?

 

 

2-Etat du logement au Maroc

2.1. Disponibilité du logement

Si l'on établit assez clairement la distinction entre logement égal un toit et quatre murs, et logement salubre et convenable, on est bien forcé de reconnaître qu'au Maroc, le déficit en logements, quels qu'ils soient, et bien grave. Il a été de 1 240 000 logements en 2002.

Ce qui accentue encore la crise, c'est le fait que le nombre de nouveaux logements construits (80 000 à 90 000 unités /an) est loin de couvrir les besoins réels (plus de 120 000 logements).

En langage chiffré, le nombre de ménages au Maroc durant les 10 dernières années est passé de 4 444 271 en 1994 à 5 665 264 ménages en 2004; soit un accroissement moyen annuel de 122 000 nouveaux ménages ayant besoin d'être logés.

Au lieu d'éponger ce déficit ou le réduire progressivement, on le laisse s'aggraver à raison de -35 000 logements /an. Sans parler des logements vétustes devenus impropres à l'habitation dans les vieilles médinas, situation malheureusement attestée par l'effondrement de plusieurs habitations, surtout après les précipitations.

A ce propos, et selon le Recensement de la population et de l'habitat de 2004, il faut noter que 54,5 % des logements sont âgés de plus de 20 ans, dont 19,1 % datent d'il y a plus de 50 ans.

Un tel déficit est "couvert", socialement, par le logement informel [anarchique...] où vivent 520 000 ménages (chiffre de 2001), et dont il se produit 20 000 unités / an; ou par les "bidonvilles", où sont logés de 160 000 ménages (en 2001).

2.2. Garantie légale d’occupation de logement

La plupart des logements en milieu rural, c’est bien connu, ne sont pas structurés, étant conçus en fonction de l’activité exercée par les occupants (agriculture, élevage…). Ils n’assurent pas, par conséquent, la protection légale requise. Quant au secteur urbain, plus de 20 % de ses habitants vivent dans les zones suburbaines insalubres ("bidonvilles") ou dans les lotissements non réglementaires. Bien entendu, ces zones d'habitation n'offrent aucune garantie légale aux habitants, qui demeurent constamment tracassées et menacés, surtout d'expulsion et autres mesures de contrainte.

C'est aussi le cas des ménages locataires sans contrat de location ni récépissé de règlement du loyer; situation qui leur est souvent imposée par les propriétaires de logements afin qu'elle leur permette l'évasion fiscale et la maîtrise de la durée et des conditions du bail, dont la possibilité d'expulser le locataire à tout moment.

A cette catégorie de mal-logés, il faudrait en ajouter une, que l'Etat occulte, celle des sans logement. Catégorie que les lois marocaines considèrent comme étant en contravention, puisque la loi fait obligation à tout habitant du Royaume d'avoir un domicile et une adresse. Ainsi, le droit de cette catégorie au logement au logement, au niveau le plus élémentaire, ainsi que d'autres droits (du droit à un environnement sain au droit à la vie, en passant par le droit à la santé, à l'intégrité physique et mentale, à la sécurité personnelle...) sont constamment et gravement transgressés pour cette catégorie de citoyens.

2.3. Services, matériaux, équipements et infrastructures de base

Le Recensement général de la population et de l'habitat de 2004 nous apprend que seuls 57,5 % des ménages marocains disposent de l'eau potable et 71,6 % de l'électricité. Quant aux réseaux d'assainissement, ils concernent uniquement 48,6 % des ménages au Maroc.

Le Recensement nous apprend également que 60,1 % des familles ne disposent pas d'une salle de bain dans leur logement, que 15,7 % n'ont pas de cuisine chez eux et 18,5 % n'ont pas de toilettes.

Ce sont là des chiffres officiels qui confirment le fait que des millions de citoyennes et citoyens au Maroc sont privés des aménagements les plus élémentaires indispensables à un logement convenable qui sauvegarde la dignité de ses occupants et leur assure un niveau de vie assez décent et personnalisé.

2.4. Aptitude à supporter le coût du logement

Les coûts de logement varient considérablement en fonction des régions, des zones, des sites, des superficies, de l'âge de l'édifice, du type de logement (appartement, villa, maisons de type traditionnel...), mais ils sont généralement fort élevés, surtout dans les grandes villes, quel que soit le mode d'occupation du logement: location ou acquisition. Coûts si élevés que les ressources de la famille s'avèrent insuffisantes pour couvrir d'autres besoins et nécessités. Le déséquilibre entre l'offre et la demande, qui laisse la porte grande ouverte aux spéculations, et à l'origine d'un tel état des choses.

Et, pour aggraver davantage la situation, la personne qui fait l'acquisition d'un logement se voit contrainte de verser des dizaines de milliers de dirhams au noir et or du contrat d'acquisition, ce qui fait de celui-ci un document impropre à justifier la totalité du prêt auquel doit recourir l'acquéreur dans la plupart des cas. Ladite somme n'est pas comptabilisée dans la valeur du logement acquis, et toutes les charges fiscales découlant de l'acte d'acquisition sont laissées à la charge de l'acquéreur.

Ceci étant, le coût du logement demeure élevé par rapport au pouvoir d'achat des citoyens. Un pouvoir d'achat qui ne permet même pas une épargne suffisante pour constituer l'apport personnel nécessaire à une demande de prêt pour acquisition de logement. Un mode de financement du logement qui demeure, de ce fait, très circonscrit.

A noter également que la formule du logement économique, censée s'adresser aux ménages disposant de revenus inférieurs à 3 600 dirhams, profite dans une large mesure aux ménages plus aisés, qui profitent de ce type de logement sans avoir besoin de facilités de prêt. Alors que les ménages disposant d'un revenu inférieur à 2000 dirhams ne sont que 17 % à bénéficier d'une telle formule, n'étant pas en mesure de s'acquitter régulièrement des échéances de remboursement du prêt.

En dehors des programmes de logement économique, ce qui dispose d'un revenu supérieur à 5 000 dirhams sont relativement en mesure de s'acquitter des échéances mensuelles de remboursement du prêt bancaire, mais d'autres catégories bien plus larges se trouvent en butte au problème de la somme à payer "au noir" (et à laquelle ne peuvent même pas échapper les acquéreurs de logement économique), qui atteint 20 % de la valeur d'acquisition; ainsi que le montant de l'apport personnel, d'au moins 15 % de cette valeur; en plus des échéances mensuelles de remboursement de prêt, qui peuvent aller jusqu'à plus du tiers du revenu mensuel de l'acquéreur.

Le coût fort élevé du logement fait que de larges couches de la population sont loin de pouvoir loger ailleurs que dans les bidonvilles et autres types de logement informel, anarchique, non réglementaire... et insalubre. De l'aveu même du ministère chargé de l'habitat, il y a toujours 10 % à 15 % des catégories concernées par le programme de logement économique qui ne parviennent pas à remplir les conditions financières d'un tel programme. Ceci est dû au fait que les autorités tiennent les personnes concernées en dehors du processus de prise de décision en la matière et n'entreprennent aucune étude socio-économique avant de lancer un projet de logement économique.

2.5. Habitabilité du logement

Nul besoin de trop chercher pour se rendre compte que l'habitat des bidonvilles et autre habitat non réglementaire sont, naturellement, des formes d'habitat insalubre et, par conséquent, impropre au logement. Selon des statistiques officielles, 4 000 000 de personnes s'y réfugient et 20 % des ménages du secteur urbain. Les aménagements, équipements et infrastructures les plus élémentaires que requiert un logement décent y font défaut (eau potable, l'électricité, réseaux d'évacuation des eaux usées, etc.) comme lui font défaut les conditions minimum d'un environnement sain.

D'autre part, il faut mentionner l'exiguïté des superficies de ce genre de logement compte tenu du nombre de personnes constituant les ménages qui y habitent (5,2 personnes / ménage en 2004). En effet, les logements de 40 à 70 m² représentent 30 % de ce type d'habitat, et les habitations de 70 à 100 m² en représentent la même proportion.

2.6. Les sites de logement

Commençons par rappeler que la superficie des terrains appartenant à l'Etat, en milieu urbain notamment, s'est considérablement rétrécie (plus que 355 000 ha) du fait de la cession de quelques millions d'hectares à des particuliers ou de particuliers, notamment au cours des années 70 et 80 du siècle dernier, avec tout ce qui entache de telles cessions. De ce fait, la plupart des projets d'habitat, notamment ceux qui concernent l'habitat social, ont dû être transférés à la périphérie des centres urbains, avec tous les problèmes que cela occasionne aux habitants de ces zones périphériques.

Le problème ne réside pas uniquement dans le fait que ces zones d'habitation sont situées à la périphérie des villes. Ce qui fait également problème, c'est que de tels projets ne s'inscrivent nullement dans une vision globale et intégrée de développement économique et social qui met à contribution l'ensemble des services publics.

Les principaux problèmes posés par l'emplacement de ce type d'habitat peuvent être résumés ainsi:

  1. Grand manque de liaisons des zones périphériques avec le réseau des transports urbains;

 

  1. Grand manque d'établissements scolaires dans ces zones;
  1. Manque quasi total de services de santé.

 

L'ensemble des remarques et observations ci-dessus, étayées par des chiffres, permet de révéler la situation du logement au Maroc. Le logement en tant que droit humain.

3-Questions au Gouvernements, propositions et recommandations

3.1. Questions utiles posées au Gouvernement

  1. Comment se comporte l'Etat envers les ménages qui n'ont pas de moyens de financer l'acquisition d'un logement économique ?

 

  1. Comment l'Etat a-t-il géré sa réserve foncière, notamment en ce qui concerne la cession des propriétés domaniales ?
  1. Quels sont les aspects que revêt la participation des citoyens au projet d'habitat qui les concernent ?

 

  1. Que le nombre d'installations à usage éducatif, culturel, de santé publique... édifiées par l'Etat sur les sites des récents projets de logement économique ?
  1. Comment a-t-on géré le dossier du logement à la suite du séisme qui a frappé la province d’Al-Hoceima, sachant que la manière de gérer ce dossier a suscité bien des protestations de la part des victimes dudit cataclysme ?

 

  1. Quelles sont les statistiques disponibles sur les logements menacés d’effondrement et sur les lotissements non réglementaires, et quelles sont les modalités d’intervention de l'Etat ?

3.2. Propositions et recommandations

  1. Nécessité de résoudre juridiquement, administrativement et politiquement le problème de la réserve foncière de l'Etat en répondant aux besoins de la population.

 

  1. Mettre l'accent sur l'accompagnement social [des projets d'habitat] est d'adopter une approche qui s'inscrit dans une stratégie globale de développement économique, sociale et culturelle, en dépassant les approches sécuritaire et technocratique.
  1. Susciter la participation des citoyennes et citoyens aux programmes et projets d'habitat et entreprendre des études et recherches appliquées pour déterminer les possibilités et les besoins matériels des populations ciblées.

 

    • Nécessité de l'intervention de l'Etat, juridiquement, administrativement, et aux niveaux de l'organisation et de la réalisation pour assurer l'équilibre entre l'offre à la demande en matière de logement et interdire toute spéculation foncière.

    Conditions d'habitation des ménages au Maroc suivant Le milieu de Résidence

    Population et Ménages

     

    Population

    Ménages

    Taille Moyenne

    Urbain

    16 339 561

    3 439 809

    4.8

    Rural

    13 340 508

    2 225 455

    6.0

    Total

    29 680 069

    5 665 264

    5.2

    Type d'habitat (en %)

     

    Villa

    Appartement

    Maison Marocaine

    Habitat Sommaire

    Logement Type Rural

    Autres

    Urbain

    3.3

    12.4

    70.6

    8.2

    1.1

    1.1

    Rural

    0.3

    0.1

    18.4

    5.6

    72.2

    2.8

    Total

    2.2

    7.6

    50.1

    7.2

    29

    3.7

    Statut d'occupation (en %)

     

    Propriétaire

    Locataire

    Autres

    Urbain

    56.8

    29.2

    14.1

    Rural

    85.8

    1.6

    12.1

    Total

    68.2

    18.3

    13.3

    Ancienneté du logement (en %)

     

    Moins de 10 ans

    Entre 10 et 19 ans

    Entre 20 et 49 ans

    50 ans et plus

    Urbain

    22.5

    27.6

    36.7

    13.2

    Rural

    18.6

    19.7

    33.5

    28.2

    Total

    21

    24.5

    35.4

    19.1

    Equipement de base du logement (en %)

     

    Cuisine

    Toilettes

    Bain

    Eau Potable

    Electricité

    Urbain

    87.2

    96

    44.2

    83

    89.9

    Rural

    79.9

    59

    32.1

    18.1

    43.2

    Total

    84.3

    81.5

    39.4

    57.5

    71.6

    Mode D'évacuation des eaux usées (en %)

     

    Réseau public

    Fosse sceptique

    Autres

    Urbain

    79

    11

    7.6

    Rural

    1.7

    36.4

    57.9

    Total

    48.6

    21

    27.4

    Autres équipements (en %)

     

    Télévision

    Parabole

    Téléphone fixe

    Téléphone mobile

    Urbain

    88.5

    46.6

    22.3

    72.4

    Rural

    57.6

    14

    2.1

    42.3

    Total

    76.4

    33.8

    14.4

    60.6

    Source: Haut Commissariat au Plan – Recensement général de la population et de l'habitat 2004

     

    Conditions d'habitation des ménages au Maroc suivant Le milieu de Résidence

    Population et Ménages

     

    Population

    Ménages

    Taille Moyenne

    Urbain

    16339561

    3439809

    4.8

    Rural

    13340508

    2225455

    6.0

    Total

    29680069

    5665264

    5.2

    Type d'habitat

     

    Villa

    Appartement

    Maison Marocaine

    Habitat Sommaire

    Logement Type Rural

    Autres

    Urbain

    3.3

    12.4

    70.6

    8.2

    1.1

    1.1

    Rural

    0.3

    0.1

    18.4

    5.6

    72.2

    2.8

    Total

    2.2

    7.6

    50.1

    7.2

    29

    3.7

    Statut d'occupation

     

    Propriétaire

    Locataire

    Autres

    Urbain

    56.8

    29.2

    14.1

    Rural

    85.8

    1.6

    12.1

    Total

    68.2

    18.3

    13.3

    Ancienneté du logement

     

    Moins de 10 ans

    Entre 10 et 19 ans

    Entre 20 et 49 ans

    50 ans et plus

    Urbain

    22.5

    27.6

    36.7

    13.2

    Rural

    18.6

    19.7

    33.5

    28.2

    Total

    21

    24.5

    35.4

    19.1

    Equipement de base du logement

     

    Cuisine

    Toilettes

    Bain

    Eau Potable

    Electricité

    Urbain

    87.2

    96

    44.2

    83

    89.9

    Rural

    79.9

    59

    32.1

    18.1

    43.2

    Total

    84.3

    81.5

    39.4

    57.5

    71.6

    Mode D'évacuation des eaux usées

     

    Réseau public

    Fosse sceptique

    Autres

    Urbain

    79

    11

    7.6

    Rural

    1.7

    36.4

    57.9

    Total

    48.6

    21

    27.4

    Autres équipements

     

    Télévision

    Parabole

    Téléphone fixe

    Téléphone mobile

    Urbain

    88.5

    46.6

    22.3

    72.4

    Rural

    57.6

    14

    2.1

    42.3

    Total

    76.4

    33.8

    14.4

    60.6

    Source: Haut Commissariat au Plan – Recensement général de la population et de l'habitat 2004

    Article 12 : Le Droit à la santé

    L'article 12 du Pacte stipule le droit pour toute personne de jouir du meilleur niveau de santé physique et mentale qui puisse être atteint.

    L'AMDH tient par le présent rapport à mettre l'accent sur la nécessité de généraliser le droit de s'interroger et de s'informer, d'accéder aux documents et de participer à la prise de décision pour tous les partenaires et tous les intervenants en matière de santé dans le pays, et sur la nécessité de mettre un terme à la méconnaissance des corps constitués des médecins, des infirmiers et autres auxiliaires médicaux et des pharmaciens ainsi qu'aux immixtions dans les affaires de leurs organisations.

    En faisant part de son entière et constante disponibilité au dialogue franc et constructif et à répondre à toute question qui lui serait adressée, l'AMDH ne peut que regretter le fait que le service d'information de la Santé publique occulte la majeure partie des données relatives aux droits économiques, sociaux et culturels; données essentiellement quantitatives et descriptives.

    270 – 274- Le Rapport du Gouvernement a évoqué de manière très lapidaire la question de la politique de la santé publique, ce qui ne permet pas de se faire une idée suffisamment claire pour une éventuelle appréciation. L'exposé n'est pas étayé de chiffres et d'indicateurs et tombe souvent dans le monde purement affirmatif qui énonce beaucoup plus de vœux pieux que de mesures concrètes. Ensuite, le rapport passe à l'exposé de programmes déterminés s'inscrivant dans une stratégie adoptée en matière de santé de la mer et de l'enfant, tels que le programme national de vaccination ou le programme national de lutte contre le SIDA.

    Il convient de rappeler, à ce propos, que la Convention internationale... insiste sur les liens étroits entre le droit à la santé et les autres droits humains, tels que le droit à la nourriture, au logement, au travail, à l'enseignement, à la vie et à la dignité, à la non-discrimination, à l'égalité, à la particularité, à l'accès aux informations et connaissances, à la liberté de constituer des associations, de se réunir, de circuler... Toute atteinte à ces droits et libertés et de nature à porter atteinte à des éléments constitutifs du droit à la santé.

    Il convient également de rappeler que l’interventions de l'Etat en matière de sauvegarde de ces droits des atteintes à des éléments constitutifs du droit à la santé demeurent bien timides: ainsi en est-il de la sauvegarde de l'environnement, par exemple, ou de abolition effective de la torture, ou la préservation du pouvoir d'achat du citoyen [...], ou la lutte contre l'impunité, ou contre la corruption...

    Et ce qui, malheureusement, rend encore plus problématique toute tentative d'évaluation du Rapport, c'est le fait que les données exposées par l'Etat sont à la base d'une comparaison entre le milieu du siècle passé (au lendemain de l'indépendance du Maroc: 1956) et les premières années du nouveau millénaire. Une appréciation objective des données du rapport concernant la période située entre les deux sessions de la Commission devient ainsi impossible, comme il devient impossible d'évaluer l'action du pouvoir exécutif et de lui demander de rendre compte sur la base de ses responsabilités en matière de suivi des recommandations émises à l'issue des débats concernant le rapport précédent.

    275 - 282_ La Commission note que l'Etat est conscient de la nécessité d'abolir les disparités en matière de couverture sanitaire et qu'il a la volonté politique de remédier à cela en reconsidérant la carte géographique de la santé publique et par l'extension et la consolidation des infrastructures du réseau des services de santé de base. Toutefois, la Commission déplore l'absence d'indications et de chiffres dans le rapport pour étayer cela, surtout que les données disponibles indiquent le contraire de ces déclarations.

    L'AMDH note également que le système de santé au Maroc, à l'instar de ceux des autres pays du monde, a connu une évolution positive indéniable, mais qu'il continue à pâtir d'un grand nombre de problèmes, de son manque d'efficacité et de rentabilité et de sa défection en matière de droits à la santé, comme qu'on le verra ultérieurement. En somme, et si l'on se réfère aux indicateurs adoptés pour l'évaluation de la mise en œuvre des politiques de santé publique et des services de santé de base, force est de constater que la plupart de ces indicateurs demeurent bien bas compte tenu du volume de la population et de la comparaison à d'autres pays du même ordre que le Maroc.

    L'AMDH exprime également sa profonde préoccupation quant au fait que les services de santé publique et les soins dispensés sont considérés comme une aumône consentie par les services administratifs et sociaux, et non comme un droit reconnu aux citoyens. L'AMDH déplore aussi la persistance des aspects négatifs de la politique de santé, des pratiques contraires à la transparence dans les hôpitaux et les centres de santé, de la méconnaissance de l'avis de ceux qui œuvrent dans le secteur de la santé et les prises de position de leurs organisations, le niveau bien bas imprimé au dialogue social avec les syndicats... et toutes les retombées négatives d'un tel état des choses sur le système de santé, sur les citoyens demandeurs de services de santé publique et leurs droits économiques et sociaux, et sur la manière dont l'Etat fait face aux obligations qui lui sont faites par la Convention internationale...

    La disponibilité des soins
    Conformément à la substance de la note générale numéro 14 de la Convention internationale relative aux droits économiques, sociaux et culturels, tout Etat membre à l'obligation de pourvoir en quantité suffisante des établissements de santé, du matériel, des services publics de santé ainsi que des centres et des programmes de soins. Les données qui sont à votre disposition seront ici examinées en fonction des quatre normes internationales connues:

    • La disponibilité des services de santé;
    • Leur accessibilité;
    • Leur acceptabilité et adéquation; et
    • La qualité des services.

    1- Faibles capacités d'accueil

    La santé publique au Maroc souffre d'un manque considérable en matière d'infrastructures de santé, tant pour les soins et de traitement que pour la prévention et l'hygiène.

    2004

    2003

    2002

    2001

    2000

    Disponibilité des soins et indicateurs d'infrastructures

    2.511

    2.458

    2.405

    2.347

    2.267

    Nombre de centres de soins

    11.904

    12.240

    12.320

    12.430

    12.700

    Nombre d'habitants par centre de soins

    125

    127

    122

    120

    112

    Nombre d'hôpitaux

    26.136

    26.257

     

     

     

    Nombre de lits d'hôpital

    L'étude des indicateurs ci-dessus montre que la politique préconisée en matière d'investissements de santé publique s'est préoccupée des infrastructures de proximité. Le taux d'accroissement du nombre de centres de santé a été de 2,2 % à 3,5 % /an entre 2000 et 2004, atteignant ainsi de 2 511 centres de soins de santé et portant leur taux de couverture de 12 700 personnes par centre à 11 904. Moyenne nationale qui cache de grandes disparités entre secteur rural et secteur urbain: 7041 habitants par centre en milieu rural, contre 27 199 en milieu urbain, dont le taux était de 26 998 habitants par centre en 2001.

    Au niveau local, l'étude des données indique une faible capacité d'accueil de certains centres et hôpitaux, surtout quand on procède à leur répartition par spécialité. Les habitants de la province de Khouribga, par exemple, sont plus d'un demi million de personnes, ils disposent d'un seul hôpital provincial avec 265 lits (soit: 1 pour 1 900 habitants), dont 34 lits d'obstétrique, seulement, et 20 pour les maladies cardio-vasculaires. 38 médecins et 200 infirmières et infirmiers exercent dans cet hôpital, soit: 1 médecin pour 13 000 habitants ! Ce qui dépasse toutes les moyennes enregistrées au cours des cinq dernières années.

    D'autre part, si le nombre moyen d'habitants par médecin a baissé à l'échelle nationale de 23 016 à 1961 ans 2004, c'est que ce chiffre comprend aussi bien les médecins de la santé publique que ceux du secteur privé, d'une part; d'autre part il recèle des disparités géographiques et sectorielles illustrées par les variations suivantes:

    1737 médecins (et moins de 800 habitants par médecin) exercent dans la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër;

    Alors que 350 médecins (et plus de 4400 habitants par médecin) sont dans la région de Taza-Al-Hoceima-Taounate.

    Et si l'on tient compte des données du Rapport des Nations unies sur le développement humain en 2002, il apparaît que pour 100 000 habitants le nombre de médecins est de: 312 au Portugal et 219 en Irlande. Il est de 46 pour le Maroc. Le Maroc qui est classé parmi un échantillon de pays en développement ayant le même type d'économie et comprenant le Chili, la Corée, l'Indonésie, l'Irlande, la Malaisie, le Mexique, la Pologne, le Portugal, la Tunisie et la Turquie. Les statistiques les plus récentes indiquent (pour le Maroc) un taux de 50,9 médecins pour 100 000 habitants en 2004.


     

     2004

    2003

    2002

    2001

    2000

    Nombre de médecins en...

    8.070

    7.723

    7.094

    6.160

    5.812

    Nombre de médecins de la Santé publique (toutes spécialités confondues)

    3.224

    3.259

    3.144

    2.753

    2.568

    Dont médecins des centres de soins de santé

    7.172

    7.039

    6.861

    6.795

    6.620

    Médecins du secteur privé (toutes catégories confondues)

    158

    129

    114

    84

    39

    Nombre de pharmaciens au ministère de la Santé publique

    6.765

    6.394

    6.141

    5.736

    5.197

    Pharmaciens du secteur privé

    286

    247

    238

    174